
Alors que nous sommes habitués à vivre sur un littoral où les liaisons se font uniquement en longeant la côte, de Gênes à Marseille, il est intéressant de savoir que, durant la seconde moitié du XIXe siècle, le gouvernement piémontais envisageait deux projets ferroviaires distincts pour le Comté de Nice. En effet, tout commence en 1851, lorsque Nice perd son monopole de port franc maritime au profit de Gênes, « La Superba ». Nice a longtemps profité de son statut de port franc, mais Gênes a progressivement pris l’avantage. Plus proche de Turin, Gênes bénéficie d’une meilleure accessibilité grâce au relief des Apennins, moins escarpé que celui des Alpes. Cela a favorisé la construction d’infrastructures comme les routes et voies ferrées, facilitant le commerce avec Turin. Gênes s’est ainsi imposée comme le principal port franc de la région. Ce transfert de privilèges suscite un vif mécontentement chez les Niçois, qui se sentent abandonnés par Turin.
En 1857, naît alors l’idée d’une ligne ferroviaire côtière pour la Ligurie, appelée Ferrovia delle Riviere Liguri (Chemin de fer des Rivieras Ligures), visant à relier le fleuve Var, frontière entre le Royaume de Sardaigne et la France, au fleuve Magra (La Spezia), marquant la limite avec le Duché de Modène. Ce projet s’inscrit dans une vision de Cavour : celle d’un réseau ferroviaire reliant l’Italie entière pour accélérer le processus d’unification.
Le projet de liaison avec Turin
Parallèlement, un autre projet est lancé pour relier Nice à la capitale piémontaise, Turin. En 1852, le nouveau Premier ministre, Camillo Benso, comte de Cavour, décide de relancer le commerce du Comté de Nice en établissant un axe de communication direct vers Turin. Divers travaux sont initiés le long du Var : endiguement de la rive gauche, construction d’une route carrossable entre Nice et Puget-Théniers, et enfin, la conception d’un tunnel sous le col de Tende pour relier Cuneo à Nice par voie ferroviaire.
Les promesses non tenues
Les Niçois n’y croient pas. Tandis qu’en 1855, les ministres piémontais sont occupés à couper des rubans tricolores dans le Piémont pour inaugurer les lignes ferroviaires Turin-Savigliano-Cuneo, une brève section à l’ouest de Gênes, entre les stations de Sampierdarena et Voltri, reliant cette ligne à la Turin-Gênes, les Niçois, eux, attendent encore leur liaison promise, les bras croisés. C’est le roi en personne, Victor Emmanuel II de Savoie, qui, en 1856, arrive à Nice pour leur faire des promesses : « Mes chers Niçois, vous aurez votre voie ferrée jusqu’à Cuneo ! » Il leur offre des lithographies dédiées, avec l’inscription : « Ferrovia di Cuneo a Nizza. Ai fedeli Nizzardi. » Le ministre des Travaux Publics est alors chargé de finaliser le projet. Celui-ci prévoit une ligne partant de Cuneo, traversant les vallées Vermenagna et Gesso, avec un tunnel de 6,5 km sous le col de Tende, puis descendant jusqu’à Nice via Airole, la Bévera, Latte et Menton. Malgré les efforts, entre la cession du Comté de Nice à la France et les guerres d’indépendance italiennes, ce n’est qu’en 1895, bien après les premières promesses, que le projet de la ligne Cuneo-Nice fera enfin un premier pas en avant.
Changements post cession
Dans les années qui suivent la cession de Nice à la France, l’enthousiasme pour les liaisons vers Cuneo vont se modérer de part et d’autre de la frontière. C’est lors de la première visite de l’empereur Napoléon III que la promesse d’une ligne vers Marseille est faite. Cette annonce marque un tournant pour Nice, qui sera bientôt reliée à Marseille grâce à la ligne de la compagnie des chemins de fer de Paris-Lyon-Méditerranée, alors en construction vers Toulon. Dès lors, la transformation urbaine et les projets d’infrastructure qui émergent créent un bouillonnement d’intérêt pour la région. La liaison ferroviaire, inaugurée le 18 octobre 1864, facilite non seulement les déplacements, mais aussi l’accès aux ressources économiques du pays. De plus, le 13 février 1872, la connexion avec Gênes voit le jour, grâce à l’arrivée du train à Vintimille et à Menton la même année, renforçant encore l’interconnexion des villes côtières. Après la chute de l’empire et la connexion des tracés ferroviaires entre l’Italie et la France – via Vintimille et Modane – le trafic entre le Piémont et l’ancien Comté de Nice ne fait qu’accroitre, poussant les milieux d’affaires niçois à relancer la construction de l’axe Nice-Cuneo, considéré comme vitale pour l’interconnexion des territoires. Comme explique la revue Nice Historique, au poste de douane de Fontan s’enregistre pendant cette période un passage annuel de 22.000 tonnes de merchandises et 76.447 têtes de bétail.
Un autre article est actuellement en phase d’écriture et traitera des liaisons avec le Piémont, notamment la construction de la ligne Nice-Cuneo, un sujet qui mérite d’être exploré en profondeur.

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