La Chapelle de la Miséricorde

Origines et commande de l’église

Construite entre 1747 et 1770 sur l’emplacement d’anciens entrepôts de sel appartenant aux Rois de Sardaigne, l’église de San Gaetano, aujourd’hui connue sous le nom de Chapelle de la Miséricorde, fut commandée par l’ordre des Théatins. Elle fut réalisée d’après les plans de l’architecte turinois Bernardo Antonio Vittone et est considérée comme le chef-d’œuvre du baroque niçois, représentant le courant architectural piémontais des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.

Les premiers projets de Guarino Guarini

L’histoire de sa construction remonte à 1671, avec l’installation des Théatins qui sollicitaient alors l’architecte Guarino Guarini pour concevoir leur église. Architecte italien du XVIIᵉ siècle, Guarini est reconnu pour certaines des œuvres les plus majestueuses de Turin, telles que l’église de San Lorenzo, la coupole du Dôme et le Palais Carignano. Cependant, son projet pour la Chapelle de la Miséricorde fut finalement écarté, étant jugé trop ambitieux et coûteux pour les ressources des Théatins.

Le projet de Vittone au cours Saleya

C’est Bernardo Vittone qui prit la relève, réalisant son propre projet au Cours Saleya sur une superficie de 25 mètres sur 16. Il obtint de Charles Emmanuel III de Savoie l’autorisation de construire l’église, sous réserve de respecter l’alignement avec les bâtiments adjacents. L’un des principaux défis de Vittone fut d’intégrer à l’église un espace destiné au logement des religieux. Avec la surface limitée, il conçut un bâtiment unique réunissant chapelle et espace conventuel, donnant ainsi l’illusion, depuis l’extérieur, d’une seule construction.

Une façade baroque dans le tissu urbain

De l’extérieur, la chapelle se présente comme un cube harmonieusement intégré dans le paysage environnant, avec ses façades est et ouest se fondant dans les bâtiments civils. Elle se distingue toutefois par sa façade bombée de style baroque, marquant sa fonction religieuse dans le Cours Saleya et rappelant l’influence de Guarini. Ce bâtiment arbore une beauté intemporelle et se pose comme un joyau discret mais unique au sein du paysage architectural. En 1829, alors encore inachevée, l’église est cédée aux pénitents noirs, qui la complètent en 1830 avant de décorer sa façade en 1876.

Décoration intérieure et ornements

La chapelle est surmontée d’une coupole sur pendentifs, reliée par six lunettes aux voûtes au-dessus des absidioles et des tribunes latérales. Les ornements en stuc doré, suivant les plans de Vittone, et les peintures de Bistolfi (dans le médaillon central, les écoinçons et les lunettes) rendent hommage à la Vierge de Miséricorde. En 1875, chapiteaux, corniches, frises et guirlandes sont dorés, tandis que les murs et pilastres reçoivent un habillage de faux marbre.

Structure intérieure et influence architecturale

Le plan principal, de forme ellipsoïdale, est entouré de six absidioles de formes circulaire ou ellipsoïdale, servant de sanctuaire, de vestibule et de chapelles latérales, toutes surmontées de tribunes. L’agencement des volumes et des courbes relie harmonieusement les voûtes latérales à la coupole centrale. Inspirée des maîtres Guarini et Juvarra, cette architecture dynamique est sublimée par les dorures et la polychromie des faux marbres des piliers et pilastres.

De la Révolution à la Restauration Sabaudienne

Le règne de Victor-Amédée III, débuté en 1773, voit la ville perturbée par la Révolution française en 1792. Les troupes révolutionnaires envahissent la Savoie et Nice, supprimant les confréries religieuses et confisquant les biens de l’Église. L’église est donc transformée en écurie, puis abandonnée. Après la campagne d’Italie, elle est brièvement utilisée comme salle de théâtre en 1798 avant de devenir un bien national. La situation religieuse se stabilise après le Concordat de 1801, et l’archiconfrérie de la Miséricorde reprend ses activités. Suite à la chute de Napoléon, le royaume de Sardaigne retrouve son intégrité, mais Nice subit un déclin économique avec la marginalisation commerciale de la ville au profit de Gênes. Cependant, sous la Restauration, la ville se transforme grâce à de grands projets urbanistiques, initiés en 1832 par le Consiglio d’Ornato, relançant ainsi son développement touristique.