Nice, la Turin-sur-Mer

Lorsque je suis arrivé à Nice le sentiment de n’avoir pas bougé de Turin s’est immediatement fait sentir. Je reconnais d’avoir un peu exagéré avec le zele mais c’était à peu près ça. Le fleuve Pô s’était transformé en une étendue bleue et infinie longée par mes Murazzi, qu’ici à Nice je les reconnais avec la Promenade des Anglais. Même si Turin au cours des époques a su garder son charme severe, austere et aristocrate, Nice s’est transformée pour ressembler aux villes ligures ou provençales en adoptant une identité à la portée de tous, ou les gens aujourd’hui peuvent faire de la ville un petit coin de leurs coeur. Mais malgré cela, derriere les façades colorées en rouge ou jaune, nous apercevons encore aujourd’hui le passage de la royauté Piémontaise. 

Nice et Turin à l’œil d’un niçois d’aujourd’hui apparaissent comme deux villes très lointaines, séparées par une frontière, des alpes, 150 km de distance à vol d’oiseau, trois heures de route entre elles et une culture complètement différente. Non, tout ça ce n’est pas vrai.

Jusqu’aux années ‘50 quand les autoroutes n’avaient pas encore vu le jour, le voyage pour se rendre dans l’ancienne capitale du royaume commençait en Place Garibaldi avec la Route de Turin, connue pendant l’époque Piémontaise sous le nom de Route Royale. Elle grimpait collines et montagnes en passant par l’Escarène, le Col de Brouis, puis Breil-sur-Roya et toute sa vallée, Tende, Limone, la vallée de la Vermenagna pour arriver enfin à Cuneo et vite vers Turin, qui nous accueille encore aujourd’hui par son entrée sud: Via Nizza (Rue de Nice).

Voilà, hier et aujourd’hui les deux villes sont encore reliées par ses deux accès principaux, Route de Turin à Nice et Via Nizza à Turin. Mais ce n’est pas tout. Si aujourd’hui les liaisons entre Nice et Paris se limitent à la langue, l’administration, un aéroport et une gare ferroviaire, celles avec Turin restent évidents avec l’histoire, les bâtiments donc l’architecture et l’art, les racines mais en outre leur lien direct pour les commerces via le Col de Tende (qui persistent encore aujourd’hui) et le passage, jadis, du Saint Suaire.

Piazza Vittorio Veneto et Piazza Carlo Alberto (Place Massèna)

De Place Garibaldi à Piazza San Carlo en passant par Piazza Statuto (Place du Statut) et Place Masséna, Piazza Vittorio Veneto tout est uniformisé sous une même empreinte architecturale qui relie les deux villes et non seulement. Filles de deux mêmes plans régulateurs: le Consiglio d’Ornato et le Consiglio degli Edili, Nice se présente encore aujourd’hui sous l’ombre d’influence dictée par la Maison de Savoie, qui nous permet de voir leurs ressemblances presque à tous les coins.

L’idée des souverains était de démontrer aux français franchissant les Alpes la grandeur de l’État Piémontais en leur faisant trouver une ville grandieuse ou la noblesse et la cour avaient leur emplacement au centre de la vie quotidienne du pays, ce qui entraina successivement les autres villes mineures du royaume comme Cuneo, Asti, Aoste et Nice à adopter la même strategie.

Place Garibaldi et sa grande soeur: Piazza San Carlo

Plan de construction de la Piazza Vittorio (actuelle Place Garibaldi)

Elle connut le jour en 1782. Fruit de la main de Antonio Spinelli, s’inspire des grandes places Piémontaises comme Piazza San Carlo à Turin. Au moment de son inauguration elle marquait la fin, ou le debut, de la Route de Turin, qui partait vers la capitale en franchissant la proche Porta Pairolera. Le but, comme déjà expliqué dans cet article, était de fasciner le voyageur venant des Alpes avec une architecture ferme et somptueuse ou la présence de l’Etat était mise au milieu de l’espace urbain. Une architecture baroque tardive avec des trompe-oeil aux fenetres, s’uniformise aux autres villes du royaume en se détachant quand même de l’oeuvre de Carlo di Castellamonte (Piazza San Carlo) batie cent ans auparavant qu’à différence de la place niçoise, présente des vrais bas reliefs et une simmetrie parfaite sur les deux axes longitudinal et transversal. 

Son identité est secouée dans le temps: inaugurée sous le nom de Piazza Vittorio en honneur du Roi Victor-Emmanuel I de Savoie, pendant l’invasion française de 1792 elle prend le nom de Place de la République puis Place Napoléon. Après la restauration Piémontaise de 1814, lui fut attribué le nom de Piazza d’Armi très probablement pour les défilés militaires qui devaient y avoir lieu à l’époque pour changer ensuite encore une fois de nom en devenant Piazza Sant’Agostino. Avec l’annexion de Nice à la France en 1860 il était le temps de bouleverser encore une fois l’odonymie de l’endroit et la Place retrouva le nom de Place Napoléon jusqu’en 1870, quand la ville rendit hommage à un de ses fils: Giuseppe Garibaldi.

Place Garibaldi et Piazza San Carlo

(Article en phase d’écriture)